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Un Sanatorium départemental modèle

Article publié dans l'Ilustration numéro 4722 du 17 septembre 1933

sanatorium aincourt 1930
Le parc de 100 hectares du sanatorium de la Bucaille, à Aincourt (Seine-et-Oise), avec, de gauche à droite, au fond, les trois pavillons des hommes, des enfants et des femmes; à gauche, au premier plan, magasins et buanderie. Photo: "Illustration"

 

Connaissez vous Aincourt, dans l'Ile de  France? C'est à 70 kilomètres de Paris, un petit village de 200 habitants, calme, charmant et déjà provincial à souhait.
Il possédait récemment encore deux châteaux. Il n'en a plus qu'un depuis 1930. L'autre, celui de la Bucaille, acheté par le conseil général
de Seine et Oise, a été transformé en un sanatorium départemental modèle où déjà 120 malades sont reçus et qui, en octobre, à plein rendement, en accueillera 500.
Le chiffre est impressionnant. En France, un seul sanatorium du même ordre l'atteint, celui installé aux Petites-Roches par le département du Rhône. Mais le sanatorium
du Rhône - qui rend d'ailleurs de très grands et réels services - évoque un peu la caserne, avec des dortoirs trop semblables à
des chambrées et une ligne esthétique générale moins heureuse, semble-t-il, qu'à Aincourt.
Ce qui frappe, ici, ce sont les arbres - une véritable forêt, 
 100 hectares plantés de chênes, de bouleaux et de hêtres, avec des taillis épais et çà et là, des sentes fleuries et moussues.
Du haut de la tour du réservoir, qui s'élève à 22 mètres, les trois immenses bâtiments destinés aux malades, séparés les uns des autres de 400 à 500 mètres, apparaissent noyés dans un océan végétal.
Le sol sablonneux est sec; l'altitude 192 mètres - correspond aux moyennes admises aujourd'hui en pareille matière - et de longs souffles vivifiants, chargés d'essences forestières baignent largement
les trois grandes divisions - baptisées. Préfet -A-Bonefoy-Sibour, Docteur-Edmond-Vian, Président-Louis-Amiard - résument en ces trois noms toute l'histoire de la fondation.
Conçue par le Dr Edmond Vian, mort depuis, elle a été réalisé par l'accord d'un conseil général éclairé avec un grand préfet qui durant la guerre, à Béthune, se conduisit magnifiquement et qui, en outre, s'est révélé comme un administrateur et un chef. Il faut joindre à ces noms celui
 de M. Decoman, maire d'Argenteuil, président de la commission de  surveillance, particulierement compétent en matière de génie civil.
En Seine-et-Oise, dont les communes, surtout dans l'immédiate banlieue de Paris, se sont depuis la guerre enflées démesurément - Argenteuil, par exemple, compte 70.000 habitants et Aulnay-sous-Bois, 32.000 - les hôpitaux se révélaient de plus en plus insuffisants, à la fois trop anciens et trop encombrés. Un vaste plan, pour lequel 95 millions de crédits furent votés, a entrepris de les transformer. En même temps, on décidait la création d'un sanatorium départemental ouvert largement aux tuberculeux pulmonaires nécessiteux qui, trop souvent, encombraient les services hospitaliers, parfois même au détriment des autres malades.
Le nouvel établissement, qui a coûté - terrain et constructions - 31 millions, dont la moitié versée à titre de subvention par le ministères de la Santé publique, est l'oeuvre architecturale
de MM. Decaux et Crevel,
choisis au concours. Il comprend, outre les trois grandes divisions déjà signalées et longues de 220 mètres, un bâtiment administratif, des magasins, buanderies, garages, un logis pour le personnel et divers pavillons pour les médecins et administrateurs.
Le style de ces constructions s'affirme moderne sans excès. La lumière ici est reine.Les trois bâtiments de malades, orientés au sud, avec déclinaison de 15°à l'Est pour éviter les vents d'ouest, ont leurs deux façades très largement ajourées. Vers le midi, des terrasses superposées et protégées alignent  d'imposantes galeries de cure placées immédiatement devant les chambres. Cette disposition d'ailleurs, ne nuit ni à l'insolation ni à l'aération des chambres
car le toit de la galerie-terrasse se trouve à 1 m. 15 au-dessus du plafond de celles-ci, largement aérées et éclairées par des baies vitrées qui font de cette demeure une maison de verre. L'aspect est curieux. On dirait, surtout le soir, quand les lampes s'allument, un transatlantique virant, prêt à voguer vers la haute mer.
Des plans identiques ont été appliqués aux trois sections. Au centre, un rez-de-chaussée et deux étages consacrés aux chambres individuelles (22 par pavillon) et à des dortoirs de trois ou quatre lits, suivant le groupe. A l'aile gauche, le réfectoire, l'office, la cuisine entièrement électrique comme le chauffage et une vaste salle de cinéma et de jeux. A l'aile droite, un service médical complet, radioscopie comprise, pour chaque groupe et
les chambres des infirmières.
Le service des enfants - le plus nombreux, car il loge 200 pensionnaires - comprend en outre un service générale chirurgical commun à tout l'établissement: salle de stérilisation, d'anesthésie et d'opération. Cette dernière est largement éclairée
par une baie en double paroi de verre couvrant toute sa façade. Mais on peut également - comme le péfère la jeune école - faire la nuit en abaissant un rideau entre les deux glaces et opérer sous la lumière asciatique. Le chauffage a lieu par rayonnement du plancher, du plafond et des murs.
Aucun radiateur, aucune saillie
- mais une salle d'une belle nudité. Le service de radiologie comprend deux appareils d'une technique très moderne: l'un permettant de radioscoper le sujet debout ou couché; l'autre donnant non seulement des
clichés radiologiques simples, mais aussi stéréoscopiques qui permettent d'observer le poumon en relief au moyen d'un stéréoscope approprié. D'autre part, le laboratoire de développement réduit, si besoin, le format des radiographies. Au point de vue médical, le médecin-chef, M Albert Féret, n'utilise pas de techniques inédites. Il se borne à suivre les enseignements les plus récents des phtisiologues et notamment du professeur Léon Bernard. On sait que la tuberculose est aujourd'hui une maladie curable. Traitements médicaux et traitements chirurgicaux (pneumolyse, thoracoplastie et   phrénisectomie) obtiennent de brillants résultats. Le pneumothorax, qui a fait longuement ses preuves, trouve ici des applications constantes et heureuses.
Au total une belle réussite matérielle, un magnifique centre médical, une bonne action - P.-E. C.

 

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Au pavillon des enfants: les galerie de cure en terrasses, sur lesquelles ouvrent les chambres individuelles et les petits dortoirs de quatre lits (trois dans les autres pavillons). Façade principale, longue de 220 mètres, du pavillon des enfants. Les deux autres pavillons - hommes et femmes - sont identiques. - decaux et Crevel, architectes
Photographie Bertin Tuluffe